Introduction aux éphémérides astronomiques

Les planetes, a commencer par la Lune, et les étoiles, ont de tous temps suscité la curiosité et servi de support a l'imagination féconde des auteurs de récits de voyages fantastiques et de science-fiction ; l'intérieur de la Terre, au contraire, n'a jamais vraiment fait recette. La situation " inférieure " du monde souterrain le destinait tout naturellement a devenir le siege des Enfers, mais ceux-ci, souvent visités, ont en général fait l'objet de relations de voyage plus tournées vers la description des châtiments que vers celle des paysages. Quant aux rares " Voyages au centre de la Terre ", comme celui du professeur Lidenbrock, relaté par Jules Verne, ou celui d'Isaac Laquedem, héros du roman inachevé d'Alexandre Dumas, ils ont certes fourni l'occasion d'une leçon de géologie au cours de la descente, mais limitée aux connaissances de l'époque.
Il faut bien noter aussi - l'observation est triviale - que pour voyager, meme par la pensée, il faut de l'espace ; les mondes planétaires en offrent en abondance, mais comment voyager dans l'intérieur de la Terre a moins qu'on ne l'imagine creux et, finalement, assez semblable a ce que nous connaissons des grottes et des mines ? Peut-etre est-ce la raison de la relative pauvreté imaginative de ces voyages et du peu d'intéret porté par le public aux profondeurs de la Terre, en dehors de la spéléologie : la compacité de l'intérieur du globe est un obstacle irréductible a l'imagination et l'on se satisfait aisément d'ignorer ce qu'on n'imagine pas.

La curiosité est certes éveillée par les manifestations de surface de l'activité du globe, catastrophiques comme les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, ou majestueusement lentes comme la dérive des continents ou la formation des montagnes, mais l'intérieur profond de la Terre demeure opaque et préoccupe peu, meme les plus curieux, comme s'il était inerte et servait seulement de support a la couche superficielle, siege des phénomenes passionnants que nous pouvons observer. Et cependant, ce qui se passe dans la pellicule de surface ou nous vivons est le résultat d'une dynamique interne et d'échanges énergétiques qui intéressent tout le globe, depuis le noyau jusqu'a l'atmosphere.

Le but de ce petit ouvrage est de susciter. quelque curiosité pour les profondeurs de la Terre et de la satisfaire... dans la limite de nos possibilités actuelles, car la géophysique interne est une science encore jeune (beaucoup de ses premiers rôles et meme certains de ses peres fondateurs sont

encore vivants), bien des controverses l'agitent encore et bien des questions sont encore sans réponse claire, mais au moins se les pose-t-on en termes convenables.

Il n'est pas sans intéret de se livrer a une sorte de breve rétrospective des " théories de la Terre ", ce sera l'objet du premier chapitre qui nous amenera jusqu'a l'aube de la géophysique moderne, c'est-a-dire aux débuts de l'auscultation du globe au moyen des ondes sismiques.

Nous considérerons ensuite les différents modeles de Terre. Notre connaissance de la Terre, comme toute connaissance scientifique, se traduit en effet par des " modeles " qui rendent compte du mieux possible de la réalité observable. Suivant les aspects de la réalité et les catégories d'observables que l'on considere, on construit des modeles, évidemment interdépendants : modeles sismologiques qui décrivent la répartition des densités et des propriétés élastiques a partir des temps d'arrivée des ondes sismiques ; modeles minéralogiques qui interpretent les profils de densité et de vitesses sismiques en termes de composition chimique et de structure minérale - ce qui nécessite l'apport des expériences de physique des minéraux a hautes pressions et températures ; modeles thermiques qui proposent des profils de température en fonction de la profondeur ; modeles dynamiques enfin qui integrent les modeles précédents pour donner une image de la Terre active, qui analysent les mouvements du noyau et la génération du champ magnétique terrestre, ainsi que les échanges d'énergie entre les différentes régions terrestres... y compris la plus externe ou nous vivons.

Enfin, nous conclurons par l'exposition de faits et de spéculations au sujet de l'influence des phénomenes profonds sur la biosphere.

Remerciements

Je remercie vivement Mmes A. Cazenave, B. Romanowicz et G. Roult, MM. V Courtillot, J.-P. Montagner, J. Peyronneau, qui ont eu l'obligeance de me communiquer des documents que j'ai utilisés pour l'illustration.

Je suis profondément reconnaissant a M. J.-L. Le Mouël de m'avoir fait l'amitié de relire le manuscrit et de m'avoir offert critiques et suggestions ; s'il reste des inexactitudes, ce n'est certes pas de sa faute.
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